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bibliographie

  • LOUIS CLAUDE DE SAINT MARTIN – SA VIE – SON ŒUVRE – SA PENSEE


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    Louis-Claude de Saint Martin est né à Amboise le 18 Janvier 1743, de Louise Tournyer et de Claude-François de Saint Martin. Il est décédé le 13 Octobre 1803.maison natal.jpgplaque maison SM.jpg

    Voilà très brièvement pour son état civil.

     

    Il perdra très jeune l’affection de sa mère qui naîtra au Ciel alors qu’il n’avait pas 3 ans. Mais, à partir de ses 6 ans, il recevra les bons soins d’une belle-mère aimante et attentionnée. L’enfant est élevé dans une famille pieuse et c’est probablement un climat propice à développer chez lui le goût des mystères Divins.

     

    Sa santé est fragile, voire précaire puisqu’il dira dans « Portrait » « j’ai changé 7 naissance enfant - Copie.jpgfois de peau étant en nourrice ». C’était un enfant doux, réservé et un peu mélancolique, on voit clairement, dans ces traits de caractère, se profiler l’adulte à venir pour qui les joies ordinaires resteront inconnues.

     

    Son père faisant profession d’Avocat, c’est tout naturellement vers le droit qu’il orientera ses études en entrant à la faculté de droit de Paris. Ces années d’études le confronteront à la vie estudiantine qui aura peu d’attrait pour lui tout autant que le droit qui ne le passionnera pas, c’est le moins que l’on puisse dire, et auquel il préférera la lecture des philosophes du siècle dit des lumières !

    Cependant, pour être conforme au désir de son père, il obtiendra sa licence en droit. Mais il se sent mal à l’aise dans cette société déjà matérialiste qui laisse bien peu de place à ses hautes aspirations spirituelles.

     

    Il a très certainement senti très tôt qu’il était dans le monde sans être du monde.

     

    Pour suivre la tradition familiale et satisfaire au désir paternel, il sera reçu avocat du Roi à Tour le 9 août 1762, oserais-je dire la mort dans l’âme ?

     

    Très vite, il se rendra compte que la magistrature n’est pas sa voie, la charge lui pèse tant qu’il ne voudra plus continuer à exercer une profession à laquelle il se sentira totalement étranger.

     

    Sa reconversion ne semble guère plus judicieuse : le Duc de Choiseul Duc de Choiseuldécidera de le faire entrer dans l’armée comme  officier. Comment imaginer Louis-Claude de Saint Martin exerçant le métier des armes ?

     

    Cependant, le destin prend parfois des détours étonnants pour nous conduire sur la bonne voie, à moins qu’il ne s’agisse de la manifestation de la grâce de Dieu qui surveille de près les brebis qui s’égarent…Il fallait bien que l’officier Saint Martin devienne le Philosophe Inconnu !

     

    En effet, c’est dans le Régiment Foix-Infanterie que Saint Martin va rencontrer celui grâce à qui il s’engagera sur le chemin initiatique que nous connaissons. C’est à Grainville, premier Capitaine des Grenadiers, que revient ce mérite ! Promu Lieutenant à 26 ans, Saint Martin ne sera guère plus passionné par le métier des armes que, naguère, par l’exercice de la magistrature. Il dira d’ailleurs « je me serais plus accommodé à être simple soldat pour obéir aux ordres plutôt que d’en donner »…C’est dire s’il était motivé par ses nouvelles fonctions !

     

    maçonnerie.jpgSur les conseils de Grainville, il entrera en maçonnerie et se livrera, certainement avec bonheur, à l’étude que suppose et nécessite l’appartenance à une société initiatique. Mais c’est une autre rencontre qui va initier, dans tous les sens du terme, un bouleversement dans sa vie.

     




    N’oublions pas que le Régiment Foix-Infanterie est en garnison à Bordeaux…Quelle chance ! Cette rencontre capitale est donc, bien évidemment, celle qu’il va faire avec celui qu’il considère comme son premier Maître : Martinès de Pasqually.

     

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    Si vous m’avez bien écoutée vous aurez remarqué que je parlais, jusqu’à présent, de Saint Martin au passé mais, dès maintenant, je vais parler de lui au présent parce que son œuvre est intemporelle et qu’elle nous concerne tous, hommes de désirs, au présent.

     

    A partir de cette rencontre avec Martinès il nous offre une voie royale, la voie du salut !

     

    Martinès fut sans doute dépositaire d’une transmission paternelle judéo-chrétienne due à son origine marane. Il avait organisé son Ordre, en tous cas à Bordeaux, à partir d’avril 1762 jusqu’au 5 mai 1772, date de son départ pour Saint Domingue d’où il ne reviendra pas.

     

    Son but, très globalement, était de rétablir le culte primitif. N’étant pas Coën, je ne m’arrêterai pas sur les détails de son organisation.  Cependant, Saint Martin, malgré les impératifs que lui impose sa vie de garnison, reçoit les premiers grades Coën entre l’été 1765 et l’hiver 1768, probablement du Chevalier Baudry de Balzac. Dès lors, Saint Martin n’aura de cesse que de progresser dans l’Ordre.

     

    A partir de 1768, il établit une relation étroite avec Martinès et en 1771 il devient son secrétaire, faisant suite à l’Abbé Fournier qui l’avait précédé dans cette fonction. Très impliqué, il copie les rituels et entre en relation avec les chefs de l’Ordre dont Jean-Baptiste Willermoz.

     

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    Il participe aussi, et ce n’est pas rien, à la mise en forme du Traité.

     

    Toujours très motivé, il assiste son Maître lors des préparations rituelles. Prières, invocations, tracés, sont destinés à l’œuvre majeure de réconciliation. Saint Martin y met toute sa ferveur et maitrise rapidement les rites bien que sa faible constitution physique pâtisse sérieusement des efforts requis pour mener à bien les opérations.

     

    Puis, il vient à s’interroger sur la légitimité de ce cérémonial, allant jusqu’à dire àportail martin.jpg Martinès « faut-il tout cela, Maître, pour prier le bon Dieu ? » question à laquelle Martinès répond « il faut bien faire avec ce que l’on a ». Plus tard, il va être amené à se distancier des pratiques théurgiques au profit d’une voie intérieure, la voie de l’interne, dont je parlerai plus loin.

     

    Pour l’heure, il se penche sur le Traité de façon d’autant plus profonde qu’il adam et eve.jpgcollabore activement à sa rédaction. Il s’imprègne de la doctrine de Martinès qui expose, entre autre, pour faire court, la chute des anges rebelles puis celle d’Adam et les conséquences terribles qui en découlent.

     

    eve adon carcature.jpgAdam, après avoir prévariqué, perdra son corps de gloire et sera enfermé dans un corps de matière, gardant en lui l’image Divine mais en perdant la ressemblance. Il entrainera dans sa chute toute sa postérité et il faudra une triple intervention divine pour nous restaurer, un jour, dans notre première propriété, vertu et puissance spirituelle divine :

     

    -     La réconciliation d’Adam par Hély, après la chute

     

    -     La réconciliation des hommes par Jésus-Christ, vrai homme et vrai Dieu qui est venu, non pour abolir la loi de Moïse, mais l’accomplir à notre place en mourant sur la croix

     

    -     Le retour à la fin des temps du Christ comme Emanuel pour opérer la réintégration.

     

     

    Passionné par le travail qu’il accomplit avec Martinès, il décide, après 6 ans passés à Foix-Infanterie, de se libérer de ses obligations militaires pour retrouver la liberté de s’adonner à plein temps à ce qui le passionne tant. Saint Martin est ordonné Réau+Croix par Martinès le 17 avril 1772, lequel s’embarquera peu après pour Saint Domingue…..aller sans retour !

     

    Après la mort de Martinès, il reste en relations épistolaires avec les nombreux contacts que sa position de secrétaire lui avait permis d’établir. Ceux-ci vont rapidement voir en lui un possible et savant instructeur et Willermoz va lui confier officiellement cette fonction, l’accueillant chez lui pour plus de commodité.


     

    Saint Martin y commence la rédaction « des erreurs et de la vérité » et les deux hommes planifient un programme d’enseignement que Saint Martin prodiguera aux frères de Lyon, assisté de Willermoz et de Jean Jacques du Roy d’Hauterive : viennent de naitre les fameuses Leçons de Lyon dont le but constant, quels que soient les sujets abordés, est « comment travailler à la réconciliation de l’homme ? ».

     

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    Cachet de Saint Martin


     

    Les Leçons de Lyon prennent fin le 10 avril 1776. Saint Martin quitte Lyon et fréquente les salons parisiens, notamment celui de Madame de Lusignan, chez qui salon_madame_geoffrin.jpgil a ses entrées et grâce à laquelle il peut côtoyer les personnes importantes et influentes du royaume.

     

    Comme le temps nous est un peu compté, je suis obligée d’écourter le récit des pérégrinations de Saint Martin pour arriver à sa rencontre, par delà l’espace et le temps, avec son second maître : Jacob Boehme.

     

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    Lors d’un séjour à Strasbourg, il rencontre Charlotte de Broecklin, une Allemande érudite et passionnée par l’œuvre de Boehme. Celle qu’il appelle « ma chérissime B » par souci de discrétion va devenir pour lui une amie d’exception et ils vont entretenir une longue et riche correspondance.

     

    Il va s’écarter de la Franc Maçonnerie puis, découvrant l’œuvre de Boehme qu’ilvoix cardiac.jpg va traduire en Français, il rejette la théurgie Coën pour proposer une voie plus intérieure.

     

     

     

    Pendant les 10 dernières années de sa vie, il va négliger l’écriture pour se consacrer à la traduction des livres de Jacob Boëhme qui étaient dans son propre pays, l’Allemagne, pratiquement tombés dans l’oubli.

     

    Pour ce faire, il va apprendre l’allemand, langue qu’il ne pratiquait pas du tout. Mesurez vous l’ardent désir qui l’animait pour qu’il se livre à un tel travail ? Il apprend l’allemand non seulement pour le parler couramment mais encore pour traduire fidèlement la pensée subtile et quelque peu compliquée de Boehme. Il est facile en lisant ses œuvres en français de prendre conscience du mérite de Saint Martin à s’attaquer à pareille tâche !

     

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    On peut affirmer sans risque d’erreur, que c’est Saint Martin qui a permis, non seulement en Allemagne mais dans l’europe entière, de redécouvrir ce penseur d’exception.

     

    Il comprend que Boehme est de la race de son premier maitre et qu’il ne faut pas les opposer mais au contraire les conjoindre. Il écrit dans « Mon portrait historique » : « Notre premier maitre avait certaines lumières, mais le second, B, a des lumières supérieures encore qui nous font aborder des domaines insoupçonnés ». Quels sont donc ces domaines ? Ils touchent à la nature du Principe Premier, ce Principe est un sans fond (ungrund), un rien, un néant. Il se dévoile dans son retrait.

    jacob b principe.jpg

     

     

    Etant donné l’importance de Boehme dans la pensée de Saint Martin, il est utile d’en dire quelques mots : il est né en 1575 et mort en 1624. C’était un simple cordonnier qui, très jeune, était gardien de troupeau. On dit qu’un jour où il gardait ses bêtes, il trouva un trésor dans une grotte mais n’y toucha pas. On y verra symboliquement, son accès au trésor caché des mystères Divins.

     

    L’histoire dit encore qu’un jour où il était seul dans son atelier, un étranger se présenta pour acheter une paire de chaussure. N’osant lui vendre ce qu’il demandait, l’apprenti lui proposa un prix supérieur pour dissuader le client qui cependant accepta. En sortant de l’échoppe avec son achat, ce singulier personnage lui dit d’une voix forte ‘Jacob tu es peu de chose mais tu seras grand et tu deviendras un autre homme, tellement que tu seras pour le monde un objet d’étonnement »

     

    Il vécu une expérience mystique et restera 7 jours dans les plus hauts degrés de la contemplation intérieure et aura encore des grâces inexplicables mais la Grâce Divine s’explique t’elle ?

     

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    Il écrira fidèlement les récits de ses visions en rédigeant son 1er livre « L’aurore naissante ». Il y aurait beaucoup à dire sur ce sujet mais ce n’est pas celui qui nous occupe aujourd’hui. Il nous suffit, pour l’heure, de savoir que Saint Martin a reconnu dans les travaux de Boehme ce qu’il aurait pu écrire lui-même.

     

    Il ne se contente pas de traduire Boehme mais va jusqu’à payer de ses deniers la parution en français de l’Aurore Naissante et nous livre cette réflexion dans « mon portrait… » :

    « Dans le mois de Brumaire an IX, j’ai publié ma traduction de l’aurore naissante de Jacob Boehme. J’ai senti en la relisant de suite et tout à mon aise que cet ouvrage serait béni de Dieu et des hommes, excepté du tourbillon des papillons de ce monde qui n’y verront rien… »

    Saint Martin déplore de ne pas être entendu et compris des hommes du torrent qui n’aspirent qu’à se bercer d’illusions ou de croyances.

     

    Au cours de l’été 1803, il se rend à Amboise mais sent que sa santé se dégrade sérieusement. Ce constat ne le chagrine pas et il l’accepte très sereinement. Il quitte cette terre le 13 octobre 1803 entouré de quelques amis venus l’assister.

     

     

     

     

    B -  SON OEUVRE

     

     

    Les ouvrages de Saint Martin ont pour but d’expliquer la nature par l’homme et de ramener toutes nos connaissances au Principe dont l’Esprit humain peut devenir le centre. Je vais résumer le plus brièvement possible ses œuvres majeures, ou, tout du moins les plus importantes à mon sens.

     

    DES ERREURS ET DE LA VERITE. Publié en 1775

       Il fut écrit en réponse aux dires de Boulanger qui affirmait que les religions ereur et verte.jpgétaient nées à cause de la frayeur que les hommes éprouvaient face aux phénomènes naturels qu’ils ne savaient pas expliquer. Après avoir fait remarquer aux hommes l’incertitude de leurs recherches et les continuelles méprises qui en découlaient, il leur indique la route qu’ils auraient du suivre et démontre que l’homme possède en lui une lumière active et intelligente qui est seule à la source de la pensée religieuse, un savoir non matériel.

     

     

    LE TABLEAU NATUREL. Publié en 1782

          C’est un traité de science initiatique qui prend sa source dans l’âge d’or, passe tab.nat..jpgpar la chute pour arriver à la réintégration finale. Saint Martin se penche sur l’étude des Lois qui régissent l’univers et livre quelques vérités profondes à ce sujet. Selon Saint Martin, l’homme, le quaternaire, en sombrant dans la matière ténébreuse, s’est enfermé dans la circonférence du zéro. Il lui faudra donc faire pénétrer l’unité dans ce quaternaire pour rétablir l’ordre universel brisé par la chute. Pourrait-on y voir une suite du Traité de Martinès ?

     


     

     

     L’HOMME DE DÉSIR. Publié en 1790

         Ce sont des « chants » dans lesquels l’âme humaine se reporte vers son étathomme de desir.jpg premier que la voie de l’Esprit peut lui faire recouvrer par la bonté Divine ; Kirchberger considèrera cette œuvre comme la plus riche en pensées lumineuses et Saint Martin trouvera dans ses propres écrits des germes qu’il avait semés mais qui prendront sens pour lui après qu’il ait étudié Boehme.

     

     

    LE NOUVEL HOMME. Publié en 1792

          L’idée fondamentale de cette œuvre est que l’homme porte en lui une sorte de louis claude de saint martin,philosophe inconnu,martinisme,martiniste,ordre,rer,rites ecossais rectifié,ecossais,franc maçon,free masontexte dont toute sa vie devrait être le développement car l’âme de l’homme est une pensée de Dieu. Il en découle que le moyen de nous renouveler pour rentrer dans notre nature consiste à penser par notre propre Principe et d’employer nos pensées comme autant d’organes pour opérer ce renouvellement. Saint Martin dira plus tard qu’il n’aurait pas écrit ce livre, ou alors qu’il l’aurait écrit autrement, s’il n’avait pas eu connaissance des écrits de Boehme.

     

     ECCE HOMO. Publié en 1792

        Il a publié ce livre à l’intention de la Duchesse de Bourbon pour répondre auxlouis claude de saint martin,philosophe inconnu,martinisme,martiniste,ordre,rer,rites ecossais rectifié,ecossais,franc maçon,free mason faiblesses spirituelles de cette amie un peu trop fascinée par le merveilleux et le somnambulisme. Saint Martin y invite à la prudence face à ces pratiques et rappelle à nouveau les principes fondamentaux qui régissent la destiné de l’homme. Il y expose la misère présente des hommes et l’espoir de leur possible réhabilitation.

     

     

    LE CROCODILE. Publié en 1799

      C’est un poème épique de 102 chants. On y retrouve de longs voyages sans louis claude de saint martin,philosophe inconnu,martinisme,martiniste,ordre,rer,rites ecossais rectifié,ecossais,franc maçon,free masonaccidents qui soient mortels ; un peu d’amour, sans aucune de ses fureurs ; de grandes batailles où pas une goutte de sang n’est versée ; quelques instructions sans le bonnet du docteur.

    S’y mêlent le fantastique, l’occulte, la satire. L’action se passe pendant la révolution et les personnages sont en relation avec les principes de la doctrine martiniste.

     

    LE MINISTERE DE L’HOMME ESPRIT. Publié en 1802

         Le but de ce livre est de montrer comment l’homme esprit, c'est-à-dire celuilouis claude de saint martin,philosophe inconnu,martinisme,martiniste,ordre,rer,rites ecossais rectifié,ecossais,franc maçon,free mason qui exerce un ministère spirituel, peut s’améliorer, se régénérer, lui et les autres, en rendant la Parole, le Verbe à l’homme et à la nature. La grande amélioration que propose Saint Martin consiste dans le développement radical de notre Essence Divine. Le Ministère de l’homme esprit apprend enfin à opérer en lui-même l’action du Réparateur, en s’immolant, à son exemple, pour se séparer du règne matériel, organe du mal.

     

    On retrouve aussi d’autres ouvrages dans ses œuvres majeures comme « De l’esprit des choses publié en 1800, et parmi ses œuvres posthumes « Des Nombres » publié en 1848.

     

     

     C – SA PENSEE

    Nous avons vu plus haut que Saint-Martin s’éloigne de la Maçonnerie et qu’il rejette la théurgie Coën, voie de l’externe, pour proposer une voie plus intérieure. Cette voie est celle de l’interne nommée parfois imprudemment la voie cardiaque. Si Saint Martin utilise plus volontiers les mots « voie de l’interne » c’est probablement afin d’éviter la confusion néfaste avec ceux de « voie cardiaque ».

    Bien évidemment, il ne s’agit pas des bons sentiments, des bonnes actions non plus que de l’affect comme pourrait le laisser entendre le mot « cœur » : ce domaine là est uniquement celui du terrestre et de la matière.

     

    Le cœur, siège de la voie interne, signifie autre chose !

     

    Dans l’homme, ce cœur là, est la figuration de son centre radical, de sa pure Conscience. La voie interne est une exploration systématique et consciente de notre univers intérieur, depuis les zones superficielles jusqu’au centre radical qui, lui, est éternel.

     

    C’est dans ce sens là uniquement qu’il faut entendre la pensée de Saint Martin. Explorons donc sa pensée si riche et si simple à la fois.

     

    En quoi consiste donc cette voie de l’interne ? Je viens de la définir mais laissons la parole à Saint Martin, il nous dit : « La seule initiation que je prêche et que je cherche de toute l’ardeur de mon âme, est celle par où nous pouvons entrer dans le cœur de Dieu et faire entrer le cœur de Dieu en nous pour y faire un mariage indissoluble qui nous rend, l’ami, le frère et l’épouse de notre Divin Réparateur. Il n’y a d’autre mystère pour arriver à cette initiation que nous enfoncer de plus en plus jusque dans les profondeurs de notre être et de ne plus lâcher prise que nous ne soyons parvenus à en sortir la vivante et vivifiante racine ».

     

    Saint Martin nous invite donc à entrer, avec une sorte de dépouillement, dans le recueillement, le silence, la méditation solitaire qui va nous conduire à un cœur à cœur avec Dieu.

     

    Il convient pour y parvenir d’aller chercher au plus profond de nous-mêmes, dans notre cœur/centre, les lumières enfouies qui n’attendent que de se révéler à nous pour peu que l’on s’en donne les moyens.

     

    Ces moyens sont la purification, la sanctification, la régénération et la prière. La purification est une condition obligatoire pour pouvoir s’unir à Dieu. Comme on ne fait pas entrer un hôte dans une maison sale, il serait bien illusoire de vouloir convier Dieu dans un cœur/centre souillé.

     

    Il faut donc en extirper toutes nos prétentions humaines, la plupart du temps très égotiques, abandonner nos attachements à ce qui n’est pas fixe en nous pour nous approcher le plus possible de la seule Vérité. Saint Martin nous le dit dès la 1ère page du Nouvel Homme : « la Vérité ne demande pas mieux que de faire alliance avec l’homme mais elle veut que ce soit avec l’homme seul et sans aucun mélange de tout ce qui n’est pas fixe et éternel comme elle ». Il nous dit plus loin : « tremblons donc que les canaux de notre être ne soient pas assez purifiés pour que la Vérité passe en lui sans y éprouver de la gène et de la douleur ».

     

    Prenons donc bien conscience de la dégénérescence de notre condition actuelle, des ravages quotidiens que produisent nos ego et de leurs tristes répercussions. Reconnaissons nous donc totalement indignes, petits et misérables mais dignes cependant dans l’espérance de retrouver un jour notre vraie nature.

     

    Qu’en est-il maintenant de la sanctification ? Voilà ce que nous en dit Saint Martin au chapitre 224 de l’homme de désir : « Le Père a sanctifié le Fils, le Fils a sanctifié l’Esprit, l’Esprit a sanctifié l’homme. L’homme doit sanctifier tout son être ; son être devait sanctifier les agents de l’univers ; les agents de l’univers devaient sanctifier toute la nature et, de là, la sanctification devait s’étendre jusqu’à l’iniquité ».

     

    Vaste programme qui reste à accomplir en ce qui nous concerne. Nous devons absolument nous abandonner tout entier à l’amour Divin, mettre à nu notre cœur et nous confier à la miséricorde du Seigneur. C’est véritablement un total engagement de notre être, sans la moindre retenue, un « retranchement des œuvres du monde » conscient et accepté.

     

    Bien sûr, nous sommes prisonniers de notre corps de matière et nous continuons en permanence à commettre des actes plus ou moins réprouvés. C’est donc avec cette lucide certitude que nous devons nous engager sur le chemin de la régénération, faire mourir en nous le vieil homme pour permettre la naissance du nouvel homme.

     

    Il va falloir transformer l’homme dégradé en homme régénéré, car sans cette transformation du cœur aucune prière n’est prononcée correctement. Les ténèbres ne sont dissipées que par la régénération spirituelle et c’est au prix d’un repentir sincère que se renouvelle le cœur et que s’envisage la régénération. Voilà le véritable travail de l’interne car c’est dans le cœur/centre que s’obtient, ou pas, un devenir pour l’âme.

     

    C’est donc dans ces conditions réalisées que la prière va devenir opérante !

     

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    Comment faut-il donc prier ? Il y a bien évidemment plusieurs manières de le faire en fonction de différents critères mais dans l’homme de Désir Saint Martin nous dit : « si vous ne savez pas comment prier, répétez donc sans cesse : je commande à l’iniquité de fuir loin de moi ; je commande à tous les secours naturels et spirituels de se rassembler autour de moi ; je supplie tous les élus purs de me conduire et de me protéger ; je me prosterne devant celui qui seul peut rétablir tous mes rapports ».

     

    Cette prière est puissante. En effet « je commande à l’iniquité de fuir loin de moi », par cet acte conscient, la porte inférieure du cœur est fermée. C’est la phase de purification. « Je commande à tous les secours naturels et spirituels de se rassembler autour de moi » cette phase de demande s’effectue par la porte supérieure du cœur qui ouvre sur le monde des puissances divines pures mais aussi sur toutes les puissances secondes qui dirigent la création. Saint Martin ne nous demande pas de nommer qui que ce soit, car, l’attitude du théurge est d’accepter ce que Dieu veut bien lui donner et seulement cela. « je supplie tous sacred-heart-doves-chalice.jpgles élus purs de me conduire et de me protéger » : cette seconde demande s’adresse à la communion des Saints. Là encore, on ne nomme personne, viendra à nous qui doit venir en fonction de la volonté Divine. « Je me prosterne devant celui qui seul peut rétablir tous mes rapports » : cette attitude est la seule qui permette de s’ouvrir en coupe pour recevoir ce que Dieu veut bien nous accorder.

     

    Nous retrouvons dans cette prière : purifie toi – demande – reçois, ce qui permet l’action juste. Dans les trois phases préliminaires le théurge fait un appel direct aux êtres concernés. Pour appeler Dieu, il entre en totale passivité par la prosternation. Cet appel à la réhabilitation est lancé vers Dieu dans un respect absolu. Elle marque l’humilité du théurge qui sait que seul Dieu possède le véritable agir.

     

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    Ceci n’est qu’une petite approche de la prière, qui va terminer le survol de la pensée de Saint Martin sur laquelle il y aurait encore beaucoup à dire mais le temps ce soir nous manque pour aller plus loin…Laissons quand même à Saint Martin les mots de la fin :

     

    « Ma tâche dans ce monde a été de conduire l’esprit de l’homme par une voie naturelle aux choses surnaturelles qui lui appartiennent de droit mais dont il a perdu totalement l’idée, soit par sa dégradation, soit par l’instruction fausse de ses instituteurs…Cette tâche est neuve mais elle est remplie de nombreux obstacles et elle est si lente que ce ne sera qu’après ma mort qu’elle produira ses plus beaux fruits… »

     

     

    Joelle Soulier, le 29 novembre 2013

  • Jean -Baptiste WILLERMOZ

     

    willermoz


    Un jeune « mystique »lyonnais

    – né à LYON le 1 juillet 1730 d'une famille d'origine franc -comtoise

    – son grand -père Claude – Pierre Willermoz est sculpteur sur bois à Saint – Claude

    – baptisé le 11 juillet 1730 en la paroisse de Saint – Nizier.

    – Suit jusqu'à 12 ans des études au collège de la Trinité chez les Pères Jésuites et acquiert 

     ainsi une écriture parfaite déliée , de solides bases ,et une excellente connaissance du latin et 

     des auteurs anciens.

    – devient « fabricant d'étoffes et d'argent » comme son père et « commissionnaire en soi 

    ries »

    – de famille très catholique, un rien austère , assidue aux offices religieux, d'autant plus que 

    son oncle Léonard Willermoz est prêtre et vicaire de l'église Saint- Nizier quartier de Lyon 

    qui est le cœur commercial de la ville .

    – Baignant dans une atmosphère mêlée de labeur et de piété ,les dons de J B Willermoz ne 

    tardent pas à se manifester .

    – Entrepreneur ,doué d'un rare talent organisateur .

    – Acharnement au travail

    – Se soucie précocement des questions religieuses , réelle familiarité avec les textes des Pères 

    de l'église ; son oncle le vicaire a vraisemblablement encourager non neveu à se conformer 

    aux exigences d'une vive religiosité catholique ???

    – Adolescent , il possède un substantiel bagage philosophique , patristique et théologique , 

    accédant avec une rapidité stupéfiante aux plus hautes responsabilités dans la société secrète 

    dont il allait devenir membre .

     

    L' entrée en Franc -maçonnerie

    – Son succès dans son activité commerciale signe sa réussite sociale.téléchargement.jpg

    – En 1754 à 24 ans , il s'installe définitivement à son compte maître fabricant ,lui donnant 

    ainsi l'introduction dans différents milieux aisés et cultivés de la capitale des Gaules .

    L'un de ces milieux , plutôt fermé et réservé , la Franc-maçonnerie va jouer un rôle considérable 

    dans sa vie ,.la Franc-maçonnerie attirant alors dans tous les salons du royaume une foule de 

    curieux .

    – Introduit en 1750 ,à 20 ans ,au sein d'une loge ,peut-être les « Les Amis Choisis « , le nom 

    nous reste inconnu d'après le témoignage de JB Willermoz .

    – Deux ans plus tard , à 22 ans ,il est nommé VM .Il s'attache alors à une idée puisée chez 

    Clément d'Alexandrie , à savoir que le christianisme est porteur d'une authentique initiation . 

    Il fera cette déclaration dans un courrier à Charles de Hesse en 1781 : »Je fus persuadé , dés 

    mon entrée dans l'Ordre que la Maçonnerie voilait des vérités rares et importantes et cette 

    opinion devint ma boussole ... »

     Un étonnant activisme initiatique

    -en 1753 ,à 23 ans , alors qu'il vient d'être élu VM dans la loge dans laquelle il avait reçu la 

     lumière , il fonde un nouvel atelier « La parfaite Amitié » une des loges les plus anciennes de 

     Lyon.

    – En 1756 une autre loge était fondée « L'amitié » reconnue par la Grande Loge en 1758 avec

     Jacques Grandon comme VM .

    – Le 10 mars 1760 ,Willermoz et Grandon constituent la loge « Les Vrais Amis »dont le VM 

    Jean Paganucci futur membre du Temple coen deLyon participera , 15 ans plus tard à la 

    rédaction des rituels de la « Réforme « 

    – Les Maîtres de la « Parfaite Amitié « l'Amitié » et les « Vrais Amis » créent en1760 un 

     « Comité des Loges de Lyon » ,intitulé Grande Loge des Maîtres Réguliers » dont JB W sera

     désigné Grand Maître à partir de 1761 , puis prendra le titre de Garde des sceaux et d'archiviste 

     à compter de 1763 , ce qui lui donnera d'accéder à un nombre considérable de documents 

     infiniment précieux pour parfaire sa connaissance des degrés et grades pratiqués à cette époque

     Hermétisme et légende templière 

    – JB Willermoz va alors se passionner pour les degrés hermétistes dont ceux de « Chevalier

    du Soleil »ou des « Adeptes » ,de « l'Aigle « , du « Pélican » , de « Saint - André »ou encore 

    « Maçons d'Heredon » que l'on regardait comme des grades suprêmes .

    – De 1761 à 1765 JB Willermoz s'oriente vers la recherche de ce qui lui apparaîtra comme 

    étant l'essence véritable de la Maçonnerie, son objectif caché et authentique : la quête du 

    secret de la Vérité voilée aux yeux des profanes.

    – JB Willermoz convainc Meunier de Précourt de lui révéler le degré de « Grand Inspecteur 

    Grand Elu »( ou Chevalier Kadosch). Il soupçonne une influences des thèses des Frères 

    allemands de la Rose + Croix dans ce rituel et le lien qui pouvait être établi entre la légende 

    du Temple et la recherche de la « Pierre Philosophale »

    – C'est ainsi qu'en 1765 est constitué un chapitre des « Chevaliers de l'Aigle noir Rose+Croix

    – Bien qu'ayant manifesté un fort intérêt pour tous ces grades aux noms imposants , il est 

    désabusé et las ,il reste convaincu que la Maçonnerie est détentrice d'un véritable secret , 

    mais malgré l'intensité de ses efforts , il sent qu'il n'est pas parvenu à le mettre à jour .

     Martinez de Pasqually et les Elus coens

     -Au printemps 1767 il se déplace à Paris et apprend par Bacon de la Chevalerie l'existence d'un PASQUALLY.jpg

     nouvel Ordre secret installé à Versailles sous le nom de « Tribunal Souverain », Ordre d'un 

     niveau supérieur à tout ce qu'il avait connu (travaux , cérémonies ,ect …) Le chef de cet Ordre

     est Martinez de Pasqually qui introduisait les candidats qui se présentaient à la porte de son 

     Temple dans une société avec pour titre étrange « Ordre des Chevaliers Maçons Elus coens 

     de l'Univers « . JB Willermoz est reçu par Martinez de Pasqually lui -même, qui fait que 

     cette première réception scellera l'union définitive .

    – Il découvre une doctrine originale et cohérente ( explications sur les sujets touchant à 

    l'origine, la condition temporelle et les lois auxquelles elle obéit et la destination ultime de 

    l'homme. 

    – JB Willermoz conservera toute sa vie un attachement au trésor spirituel légué par 

    Martinez de Pasqually

    – En mai 1768 , JB Willermoz est reçu Réau+Croix par son Substitut Universel , Bacon de 

    la Chevalerie.

     Les  Leçons de Lyon 

     -Le 5 mai 1772 ,Martinez de Pasqually quitte brusquement Bordeaux dans la nécessité de

     recueillir un héritage familial , s'embarque sur un navire en partance pour ST Domingue 

     aux Antilles ou il décédera deux années plus tard en septembre 1774.

    – Louis -Claude de Saint Martin, secrétaire de Martinez de Pasqually , désormais seul àL C _saint-martin.jpg

     bordeaux , se rend à Lyon sur une invitation de JBW et y reste jusqu'en avril 1776.

    – Avec JBW il organise la série des « Leçons « dites de Lyon , destinées à l'étude et 

    l'approfondissement de l'enseignement de Martinez de Pasqually 

    – Il va engager dans les Leçons de Lyon une relecture générale des enseignements 

    martinésiens à la lumière des vérités de la Révélation afin de rendre conforme la doctrine 

    de la « Réintégration « avec l'initiation chrétienne qu'il souhaitait réaliser de tous ses 

    vœux.

    3 maitres.png

     Des Elus coens à la Stricte Observance dite « Templière »

     -Désorienté par le départ de Martinez ,très inquiet par l'état de la Maçonnerie en FranceJ B W PORTRAIT.jpgORDRE DE CHEVALIERS.jpg

     consécutif au désordre généré par le conflit entre les grades écossais , demande un 

     rattachement formel à la Stricte Observance dite « Templière » par une lettre adressée au 

     Baron de Hund le 18 décembre1772.

     -JBW sera reçu Chevalier sous le nom d'Eques Baptista ab Eremo( Chevalier Baptiste du 

     Désert) ,son blason représentant un ermite portant une lance sur l'épaule et ayant pour 

     devise « Vox in déserto » ,avec douze autres membres de la loge nouvellement créée :

     « La Bienfaisance ».

    – JBW trouva dans la Stricte Observance une structure incomparable , plus stable que

     celle de l'Ordre des Élus coens. L'Ordre des Élus coens étant désorganisé , les rituels 

     toujours désespérément incomplets , les instructions inachevées ,les catéchismes manquants

     Le Régime Ecossais Rectifié 

     1- Le Convent des Gaules 

     Les décisions prises par Convent des Gaules sont à l'origine du rite ou plus exactementJB LE CONVENT.jpg

     du « Régime Écossais Rectifié « transformant en profondeur la Stricte Observance.

     Le Convent propose l'adoption du nom suivant « Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la 

     Cité Sainte « .

     Seront publiés deux textes essentiels le « Code Maçonnique des Loges réunies de France « 

     et le Code Général de la Cité Sainte « ,constituant une Maçonnerie symbolique fondée non

     plus sur trois grades mais sur quatre conduisant à un Ordre de Chevalerie dit « Ordre Intérieur » formé des Écuyers Novices , des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte , Ordre Intérieur

     auquel était adjoint une classe secrète dite « non ostensible « de Chevaliers Profes et Grands 

     Profes .

     Le vœu de JB Willermoz , dans sa volonté de réforme et de rectification de la Stricte 

     Observance ,fut donc d'instituer un Ordre capable de répondre à l'exigence secrète de l’Évangile

     d 'édifier une authentique Chevalerie Chrétienne se fixant pour objet non la conquête des

     biens temporels , d’où son rejet des rêves chimériques de certains souhaitant que soit réédifié

     dans sa puissance initiale l'Ordre du Temple , mais que les « Pauvres Chevaliers du Christ « 

     élèvent au contraire ,un nouvel édifice en leur cœur dédié à la Gloire de l' Éternel et consacré

     à l'adoration active du Père, édifice qui puisse échapper à la vindicte du temps et à la folie 

     hommes , en étant une demeure invisible , un Temple mystique , un Tabernacle sacré éclairé 

     par la prière , un autel pur entièrement habité par l'Esprit . « Esprit « qui est le seul guide ,

     l'instructeur et le bienveillant protecteur et la divine et sainte lumière de l'Ordre des Chevaliers

     Bienfaisants de la Cité Sainte.

     2- Le Convent de Wilhelmsbad

     Une règle en neuf articles fut écrite montrant bien le lien étroit entre la pensée de Martines RER WILLERMOZ.jpg

     et le nouveau Régime Écossais Rectifié, soit la concrétisation de son projet d'accomplir la 

    transformation de la nature même de la Maçonnerie écossaise regardée selon les critères de 

    Martinez de Pasqually comme « apocryphe » en une Maçonnerie « non apocryphe » cad détentrice 

    de la doctrine de la « Réintégration ».

     L'Héritage initiatique 

     Pendant la Terreur , dans la nuit du 24 août 1793 ,son dévouement fut exemplaire ,puisqu'il

     porta dans ses bras les malades menacés par l'incendie des hôpitaux ,organisant , quasi seul

     leur évacuation .

     Avec un rare courage ,il fit de vifs reproches aux chefs de Paris .Il sera arrêté trois fois ,sa

     mort est inévitable et imminente mais un soldat chargé de sa garde impressionné par son courage 

     et sa dignité déclarera « Citoyen tu m'as l'air d'un brave homme . Sauve-toi « .Willermoz

     se cacha pendant des jours et surtout réussira à sauver les précieuses archives secrètes du 

     collège métropolitain .

     Il épousera tardivement , à l'age de 66 ans une jeune femme de 24 ans Marie Pascal avec 

     laquelle il aura trois enfants qu'il perdra tous ..L' aînée une fille morte à sept jours , le deuxième

     un garçon à l'age de sept ans et sa dernière fille morte en naissant . Il écrira pour le garçon né en

     1805 et décédé en 1812 donc à l'age de sept ans une doctrine composée de neufs cahiers 

     intitulée « Instruction particulière et secrète à mon fils pour lui être communiqué lorsqu'il 

     aura atteint l'age de parfaite virilité , si alors il se montre digne de la recevoir « Ces neufs 

     cahiers seront écrits de 1795 à 1805 et assemblés en 1818.

     Quant à son épouse, elle disparaît dix jours après son troisième accouchement à l'age de trente

     six ans.

     

     JB Willermoz quittera cette terre le 29 mai 1824 , à l'age de 94 ans .

     Il nous reste un héritage considérable en provenance de JB Willermoz dont la plus belle  réalisation , conservée par l'histoire est bien évidemment le Rite Écossais Rectifié dispensateur

     de tant de « bienfaisantes « lumières aux « âmes de désir » , ceci sans interruption depuis la 

     disparition de son fondateur .

     

     Le Rite Écossais Rectifié eut l'ambition de réformer et de « rectifier » la Franc-maçonnerie

     afin de lui transmettre ces bienfaisantes lumières de la doctrine de la réintégration « christianisée

     qui éclaire d'une manière unique ce que fut l'homme à son origine , son état actuel et sa 

    destination future .

     Le principe du Rite Écossais Rectifié est intangible et catégorique : c'est l'Ordre et non 

     une structure obédientielle qui légitime et fonde la régularité des loges et de tout le système 

     initiatique … 

     Le Rite Écossais Rectifié travaille à la réédification du vrai Temple qui n'est point fait de

     mains d'homme.....

     Le but de JB Willermoz était clair : rétablir l'unité de la Maçonnerie sur un fondement 

    initiatique véritable .

     Le système pensé par JB Willermoz repose donc sur un Ordre de chevalerie qui ne fait pas 

     que « couronner » l'édifice du Rite Écossais Rectifié , il lui confère son essence , son esprit 

     et sa vie .

     En conclusion :

    – JB Willermoz fut un génial visionnaire , doublé d' un travailleur infatigable .Il a 

     écrit à Paris en 1806 à l'age de 76 ans : « Je sais que des Frères forts occupés de leurs 

     affaires personnelles ne peuvent pas y donner beaucoup de temps ; que tous n'ont pas 

     un caractère d'écriture propre à cette destination ; et que par conséquent il est des cas

     ou il faut accorder un temps plus long ; mais je sais aussi qu'en veillant un peu plus et

     se levant plus matin , au moins quelques jours de la semaine , on avance hautement.... »

     En effet , il a eu une idée très claire : il a agencé son système le Rite Écossais Rectifié

     dans l'unique but de rendre réelles et actives les potentialités et virtualités inscrites dans

     l'être même de l'homme .

     En habit d'architecte , il a agencé les matériaux pré- existants s'inscrivant dans la 

     tradition . Alors quels sont ces matériaux ?

     1 En premier lieu les usages maçonniques de l 'époque( puis du Rite Français)

        soit :

    - La Position des colonnes J et B attribuées aux Apprentis et aux compagnons

     -L 'emplacement des Surveillants

     -Les signes aux 3 grades

     -La marche en partant du pied droit 

     -Le port de l’épée en loge pour tous les frères et bien d'autres similitudes 

     2 En deuxième source ,les usages allemands empruntés à la Stricte Observance

     dite maçonnerie rectifiée ou réformée, système maçonnico- chevaleresque:

    Institué par Charles de Hund vers 1755 ; Ce sont pour l’essentiel ,des tableaux de loges relatifs aux 4

     grades , à ne pas confondre avec les tapis de loge , comme la colonne tronquée avec Adhucstat

     et la phrase « Sic Transit Gloria Mundi «  3 En Troisième source la doctrine martinésienne que Willermoz s'est approprié

     en la synthétisant avec la tradition chrétienne .

     JB Willermoz était profondément convaincu ( l'un des rares de son époque )que la Franc- 

     Maçonnerie est porteuse de Vérité .

     En Franc-maçonnerie il est sans cesse question de quête de la Vérité , du Temple de la

     Vérité ect ….mais quelle vérité ? JB Willermoz a la certitude que la vérité détenue et 

     véhiculée par la Franc-maçonnerie n'est pas constituée de vérités partielles ,fragmentaires

     circonstancielles donc changeantes , susceptibles d'être infiniment remises en question

     mais que c'est la Vérité immuable et absolue . Bref ,que la Franc-maçonnerie détient

     la signification de la condition humaine .

     Tel a été l'unique moteur de l'existence et de l’œuvre maçonnique de JB Willermoz :

     la quête inlassable et obstinée de la vérité durant prés de 20 ans par un homme d'ordre ,de

     régularité, de moralité , de décence (sa rigidité déplaisait à certains ). Puis la découverte 

     de la vérité et enfin la diffusion de la vérité par la constitution du Rite Écossais Rectifié .

     Il faut noter que Willermoz fut souvent dénigré , critiqué jusqu'à être qualifié de 

     « tâcheron mystique « ; car il atteignit une haute spiritualité et une largeur de vue peu 

     commune, comme l'a écrit Antoine Faivre en 1973 dans le livre « l’ésotérisme au 

     XVIII ° siècle « :

     « Il se montra doué autant pour la méditation et l'illumination intérieure que pour

     l'organisation ou l'administration . La révolution faillit être fatale à son œuvre , mais

     on le considère toujours comme l'un des plus grands personnages de l'histoire 

     maçonnique .